« Le Brexit n’a pas eu lieu jeudi ? Pas ma faute ! » Revendique le Premier Ministre Britannique Boris Johnson. En effet, si le Brexit ne s’est finalement pas fait, ce n’est pas sa faute mais celle de Jeremy Corbyn, le chef des travaillistes, principal opposé, affirme le premier ministre.

Des élections anticipées rejetées puis acceptés… sous certaines conditions
Lundi 28 octobre la Chambre des communes avait effectivement rejeté le texte du gouvernement afin de réaliser des élections anticipées le 12 décembre, dont l’approbation requérait la majorité des deux tiers de la chambre comme le souligne l’Acte parlementaire de 2011. Mais la saga du Brexit ne s’arrête pas là. Le premier ministre souhaitant mettre un terme à cette à la paralysie dans laquelle se trouve le Brexit avait aussitôt organisé un nouveau vote mardi 29 octobre, recourant aux subtilités du système électoral britannique : son texte ne requérait donc qu’une majorité simple. De plus, afin de d’être certain de recueillir les voix nécessaires, Johnson s’était engagé à ne pas soumettre à nouveau aux députés, avant la dissolution du Parlement, l’accord de divorce négocié avec l’UE, a assuré qu’il n’y aurait pas de Brexit avant les élections.
Les députés votent donc le mardi 27 octobre la tenue d’élections législatives anticipées le 12 décembre à une majorité écrasante de 438 voix favorables pour seulement 20 contre. Le texte a été ensuite examiné par la chambre des Lords, un vote positif ne relevant que d’une simple formalité.

Un soutien déterminant du parti travailliste, traditionnelle opposition
Coté opposition donc nous pouvons souligner un soutien déterminant des travaillistes. Effectivement c’était la quatrième tentative du dirigeant pour convoquer les Britanniques aux urnes, cette fois-ci avec succès grâce au soutien de Corbyn, leader des travaillistes, principale et traditionnelle forme d’opposition du parti conservateur de Johnson.  Le chef du Labour, longtemps réticent, a fini par se résoudre à soutenir un scrutin en décembre. Sa volonté de ne pas sortir de l’Europe sans accord le 31 octobre afin d’éviter un cauchemar des milieux économiques pour les perturbations qu’il engendrerait, a été écartée par le nouveau report du Brexit accordé par Bruxelles jusqu’au 31 janvier 2020.

Un report du Brexit au 31 Janvier 2020 accepté par les 27
Effectivement, Donald Tusk président du Conseil européen a annoncé que les 27 pays de l’Union européenne ont donné leur feu vert lundi pour accorder un report de la date de sortie du Royaume-Uni jusqu’au 31 janvier 2020. « Les 27 se sont accordés pour accepter la demande du Royaume-Uni pour un report flexible du Brexit jusqu’au 31 janvier 2020 », a indiqué Donald Tusk sur Twitter. Il a précisé que cette décision sera formalisée par une procédure écrite dans la journée de lundi. Elle doit également être approuvée par Londres. La France, pays le plus réticent à un report plus long, a donné son accord à cette nouvelle prolongation mais avec des conditions. Le projet sur la table prévoit une date butoir au 31 janvier, mais avec la possibilité que le Royaume-Uni quitte l’UE au 30 novembre ou au 31 décembre en cas de ratification de l’accord de sortie avant ces échéances, selon un document vu par l’AFP.

Les 27, hostile à une renégociation de l’accord de sortie
Toutes fois, l’Union européenne exclut toute renégociation de l’accord. D’intenses consultations, notamment entre le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Boris Johnson qui se sont entretenus au téléphone dimanche. Le texte est accompagné d’une déclaration politique dans laquelle l’UE justifie sa décision, exclut toute renégociation de l’accord et demande la nomination d’un commissaire européen britannique, selon cette même source. Les 27 ont décidé de ne pas attendre la décision des députés britanniques, qui doivent se prononcer lundi après-midi sur la tenue d’organisations anticipées en décembre voulues par Boris Johnson.

Des enjeux économiques majeurs

Le départ d’un important contributeur

Le Royaume-Uni est l’un des principaux contributeurs au budget de l’Union européenne, auquel il a versé 13,5 milliards de dollars en 2018, soit 11 % du total des États membres. De plus, dans le cadre du budget pluriannuel pour les années 2014 à 2020, le pays a pris des engagements financiers dont les autres États membres souhaitent qu’il s’acquitte malgré son départ. En décembre 2018, l’ancienne Première ministre britannique Theresa May a trouvé un accord avec les autres dirigeants des États membres de l’Union européenne pour que le Royaume-Uni paie une somme équivalant à 44 milliards d’euros. Un investissement colossal, dont les pays européens vont devoir se passer si le pays décide de finalement sortir de l’Union Européenne.

Le bouleversement du marché unique et de l’union douanière

L’Union douanière de l’Union européenne, entrée en vigueur en 1968 permet, sans imposer aucun droit de douane, la libre circulation des marchandises entre les États membres. Cependant, cela implique que tous les pays de l’UE facturent les mêmes droits aux pays non membres dont ils importent des marchandises. Le Marché unique européen quant à lui, entré en vigueur en 1993, garantit quatre libertés essentielles de l’UE : la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.

Le backtop, le filet de sécurité de la circulation des marchandises
Le Backstop ou « filet de sécurité » est la solution proposée par le projet d’accord sur le Brexit conclu en novembre 2018 entre les dirigeants de l’UE pour éviter le retour d’une frontière entre les deux Irlande. Il ne doit entrer en vigueur que si le Royaume-Uni et les autres États membres de l’UE n’ont pas trouvé d’accord commercial avant la fin de la période de transition, prévue pour durer un peu moins de deux ans. Le backstop a pour but de garantir la fluidité de la circulation entre les deux Irlande, l’UE et le Royaume-Uni. Pour cela il prévoit que le Royaume-Uni soit maintenu dans l’Union douanière et que l’Irlande du Nord s’aligne complètement sur la réglementation européenne concernant les marchandises, tant qu’un nouvel accord commercial n’a pas pris le relais.
Jusqu’à la fin de la période de transition, en 2020, le Royaume-Uni reste dans son intégralité au sein de l’union douanière le temps de trouver un accord commercial. Après 2020, si aucun accord commercial n’est trouvé à l’issue de la période de transition, le backstop s’active. Il maintient temporairement l’ensemble du Royaume-Uni dans l’union douanière, le pays continue d’appliquer le tarif douanier extérieur de l’Union Européenne. De son côté, l’Irlande du Nord reste soumise à certaines règles du marché commun tel que certaines normes sociales, environnementales et économiques européennes, sans avoir pris part à leur adoption au sein des institutions européennes.
Pour Boris Johnson, le Backstop porte atteinte à la souveraineté du Royaume Uni, c’est un moyen pour l’Europe de contrôler le Royaume-Uni en continuant de le soumettre à ses règles douanières. Par ailleurs, si le «backstop» est temporaire, aucune limite de temps n’est fixée par l’Union Européenne. De nombreux députés s’inquiètent donc de dépendre jusqu’à la fin des jours à l’Union Européenne.

Le cas des expatriés
Le backstop a uniquement trait à la circulation des marchandises. Cependant a-t-on pensé aux expatriés ? Selon l’ONU, 1,3 million de Britanniques vivaient dans un autre pays de l’UE en 2017 et 3,3 millions de ressortissants de l’UE vivaient au Royaume-Uni. En matière de circulation des personnes donc, l’accord de sortie prévoit conformément au principe de libre circulation des personnes, que les citoyens européens et les citoyens britanniques déjà établis de part et d’autre de façon permanente au moment du Brexit pourront continuer à y travailler, y étudier et y mener leur vie comme avant. Les nouveaux arrivants, qui s’y installeront avant la fin de la période de transition, obtiendront un droit de résidence permanent au bout de cinq ans de séjour. A l’inverse, une fois obtenu, ce droit sera perdu en cas d’absence pendant plus de cinq ans.

Une sortie sans accord, un véritable chaos au royaume unis et à l’étranger

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a plusieurs fois déclaré qu’il comptait mettre en œuvre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, avec ou sans accord négocié avec les autres États membres européens. La sortie sans accord, le « no deal », signifie qu’il n’y aurait pas de période de transition après le Brexit et que des droits de douane par défaut, aux conditions de l’Organisation mondiale du commerce, seraient rétablis, tant qu’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE ne prend pas le relais. Faute de s’entendre sur l’une des alternatives pré-citées, cela serait l’option la plus radicale qui s’offre aux Britanniques, une sortie « sans accord ». Cette dernière pourrait être un véritable chaos pour le Royaume Unis et les pays étrangers.

Tout d’abord, une baisse notoire de la croissance économique. Selon le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney. D’après un rapport de cette l’institution, publié en novembre 2018, en cas de non accord le PIB britannique serait amputé de 7,8 % à 10,5 % d’ici à 2024, par rapport à ce qu’il aurait été sans Brexit. Une étude du gouvernement britannique, évalue de son côté la perte de PIB à 9,3 % en quinze ans. En plus de cela, le taux de chômage grimperait en flèche à 7,5 % (contre 3,9 % aujourd’hui), tout comme l’inflation à 6,5 % (contre 2,1 % actuellement), tandis que la livre sterling s’effondrerait de 25 % et les prix de l’immobilier de 30 %. Des prévisions très loin de l’énorme opportunité économique que serait le « No deal » vantée par Johnson fin juillet. Du côté de l’Europe, l’impact serait tout de même moins important. Ils prévoient en effet un repli du PIB de 0,8 % de façon permanente 0,3 % en France, contre 2,8 % outre-Manche. Par ailleurs, d’après une étude de l’institut allemand IWH, un Brexit sans accord menacerait 600.000 emplois dans le monde, dont 179.000 dans l’UE et plus particulièrement 50.000 en France.
Mais, il est impossible de connaître précisément à l’avance l’ampleur économique d’un «no deal».

De plus, les transports pourraient être perturbés. Les compagnies aériennes britanniques et européennes perdront le droit automatique d’opérer des vols entre l’UE et le Royaume-Uni, et devront réclamer une autorisation. En outre, les milliers d’entreprises qui importent ou exportent au Royaume-Uni devront remplir des nouvelles déclarations de douane et feront face à de nouvelles taxes.

Une hausse considérable des produits importés sera aussi à noter. En effet, des droits de douane seraient appliqués sur les produits britanniques importés dans l’UE, et sur les produits européens exportés vers le Royaume-Uni, alors qu’ils en sont pour l’instant exonérés. Cela toucherait directement les consommateurs, qui verraient les prix de ces produits involontairement augmenter. Cela pourrait même entrainer la pénurie de produit de première nécessité, alimentaires et médicaux.

Encore un changement sera à noter pour les consommateurs européens voyageant dans un autre pays de l’Union. Ces derniers n’ont, depuis le 15 juin 2017, plus à payer de surcoûts pour utiliser leur téléphone portable (appels, SMS, MMS, internet). Avec un Brexit sans accord, ces frais pourraient être rétablis pour les Britanniques en déplacement dans l’UE et pour les Européens franchissant la Manche ou la frontière irlandaise. En effet, les opérateurs mobiles seraient alors libres de réintroduire ces surcoûts, a averti le gouvernement britannique.
Des frais supplémentaires sont aussi à noter pour l’usage des cartes de paiement, que cela soit pour les clients britanniques en voyage dans l’UE ou les Européens se déplaçant outre-Manche.

La Saga du Brexit est donc loin d’être terminée. Quand bien même le divorce serait acté, il resterait à négocier le futur accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles, et celui-ci risque d’être au moins aussi long et compliqué à conclure. Un nouveau volet est donc à attendre le 31 janvier 2020.

Rose Montron